Ville de Sainte Luce

Langues et cultures créoles

L’expression "culture créole" a pris naissance dès la fin du XVIII e siècle, et le terme concernait essentiellement les créoles de l’Amérique du Sud. Il s’agissait alors d’opposer la culture des populations d’origine européenne, qui avaient pris racine dans ce nouveau monde, s’y étaient adaptées, et dont le mode de vie, autant que les intérêts économiques s’opposaient à ceux de leurs métropoles qui étaient l’Espagne et le Portugal. Cette prise de conscience d’une "culture créole", c’est-à-dire d’une identité différente et d’intérêts divergents, devait être à l’origine de mouvements de libération de l’Amérique du Sud.
De notre point de vue, il existe bel et bien une CULTURE CREOLE. En tout cas de nombreux traits culturels sont communs aux cultures guadeloupéennes, martiniquaises, guyanaises ou réunionnaises, dont le premier est que tous ces pays, parlent créole, ce qui justifie l’adjectif " créole " associé à Culture.

Culture

La culture créole s’est construite par le contact entre des populations d’origines diverses, dans la contrainte de l’esclavage et la nécessité pour tous de s’adapter à un univers inconnu hors de toutes normes et tous repères communs.
Cette culture est donc marquée fortement par l’esclavage, les martiniquais sont héritiers d’une histoire douloureuse. Cette histoire commune mal digérée leur donne une psychologie qu’Albert Memmi a bien décrit dans son livre "Portrait du colonisé". Ils seraient, selon lui, des écorchés, susceptibles, coléreux, imprévisibles. Ils sont à la fois "aigris" c’est à dire " agressifs " et quémandeurs.
Ainsi la musique, la cuisine, l’architecture, la religion tous les aspects de la culture à la Martinique sont le résultat de la nécessité de tout inventer dans un lieu où tout est à faire malgré la présence des amérindiens qui seront exterminés.
Cette culture est marquée par la tolérance.
Bien que subsistent les tares de la colonisation, les restes de la honte collective de la peau noire, des rancoeurs, la société ne semble pas croire à la supériorité raciale d’un groupe ethnique, ne semble pas adhérer aux idées qui feraient que certains seraient tout blancs, et d’autres tout noirs. La Martinique pays où se côtoient des femmes et des hommes de toutes les couleurs est le pays de la fraternité entre les êtres humains de toutes origines.
Le magique et le religieux
Le fatalisme s’exprime par l’expression qui conclut très souvent les projets : « si Dieu veut ». La foi en un Dieu se retrouve dans toutes les couches de la population, y compris chez les très jeunes. Cette culture du religieux se traduit par le grand nombre de religions cohabitant sur le territoire même si la religion catholique reste prépondérante. Mais cohabitent les croyances au magique. Et de nombreux martiniquais consultent les guérisseurs et quimboiseurs. On craint les sorts jetés, les hommes ou femmes capables de se transformer la nuit en quelque animal.

La cuisine

La cuisine créole est marquée par la pénurie, c’est-à-dire qu’elle s’élabore dans le manque, d’où l’art d’accommoder les abats, les productions de la nature. Poissons, abats, légumes secs sont les plus utilisés dans la cuisine traditionnelle : chèlou, colombo, ti nen morue, blaf de poissons etc…

L’architecture

Bien que la véritable architecture créole née de l’adaptation au climat et ses risques, tende à disparaître, on peut noter que les constructions traditionnelles aux toits en pente et au plafond très élevés, aux fenêtres et portes agrémentées de persiennes de bois permettent une circulation d’air régulière. Les matériaux utilisés, les vérandas entourant la maison traduisent le souci de s’adapter aux exigences du climat.

L’art

La littérature, les arts plastiques, la musique, la danse constituent des richesses culturelles incomparables.
Aimé CÉSAIRE, Édouard GLISSANT, Patrick CHAMOISEAU, Vincent PLACOLY, Xavier ORVILLE, Raphaël CONFIANT, René MÉNIL, Roland SUVÉLOR, Armand NICOLAS, JEAN BERNABÉ, Jacques ADÉLAIDE, André LUCRÈCE autant d’écrivains et d’intellectuels de langue française qui montrent la richesse de la littérature martiniquaise. En langue créole, Daniel BOUKMAN, Raphaël CONFIANT, MONCHOACHI, Georges MAUVOIS, Gilbert GRATIANT, Térez LÉOTIN, Georges-Henri LÉOTIN, G. DE VASSOIGNE donnent à la langue créole le rang qu’elle mérite.
Dans le domaine des arts plastiques, Victor ANICET, Alain DUMBARDON, Hector CHARPENTIER, Jacqueline FABIEN, Louis LAOUCHEZ, Ernest BRELEUR, Luc MARLIN, Victor PARMAL, quelques noms dans un domaine où les talents sont très nombreux. Pour ce qui est de la musique il n’est que d’écouter les radios pour s’apercevoir que la musique inonde et éclaire le quotidien des martiniquais. De la musique traditionnelle au dance hall en passant par le jazz et la salsa tous les genres et toutes les musiques foisonnent.
Dans le domaine de la musique et de la danse traditionnelle deux groupes sont à signaler le groupe AM4 et le groupe BÉLIYA.

Le créole

On appelle créoles, des langues nées au cours des colonisations européennes des XVIIe – XVIIIe siècles dans le contexte des contacts de populations liés à l’esclavage. Attention : les créoles ne sont pas des « langues mixtes », mais le résultat d’évolutions linguistiques spécifiques du fait du contact de langues et de la communication exclusivement orale, ceci hors de toute pression normative. Il y a donc des créoles très divers : créoles à base lexicale anglaise, créoles à base lexicale portugaise, créoles à base lexicale néerlandaise… et des créoles à base lexicale française.
Il sera ici question des créoles français, c’est-à-dire des créoles qui sont parlés dans des zones issues de la colonisation française : tant dans la zone américano-caraïbe que dans l’Océan Indien.
Dans tous ces pays, le créole fonctionne en alternance avec une langue européenne, le français et/ou l’anglais, dans des situations qui sont proches des classiques situations de diglossie.
Le linguiste américain, Ch Ferguson, dans les années 1958-60 [1] définissait la diglossie comme l’usage dans la communication de deux variétés d’une même langue, utilisées l’une ou l’autre en fonction des moments et des situations de discours. Il nomme ces variétés « haute » et « basse ». L’une des variétés est fortement valorisée, tandis que l’autre est stigmatisée. En Martinique la langue basse est le créole. Observons toutefois que le créole n’est pas une variété du français. Peut-on dire que les créoles sont des dialectes ? ou des patois ?. Leur statut est très différent de celui des langues parlées sur le territoire français hexagonal, qu’on appelle souvent dialecte ou patois, et qui ont presque disparu (elles ne sont plus parlées que dans des lieux reculés par les personnes les plus âgées) : le provençal, le breton, l’occitan, le savoyard…
À la Martinique, tout le monde parle créole (y compris les enfants très jeunes). Quand des métropolitains ou des étrangers arrivent aux Antilles, ils peuvent apprendre le créole dans la vie quotidienne (les enfants dans les cours de récréation). Quand on ne parle pas créole, on se sent exclu de toutes sortes de connivences, d’éléments de culture…
Le créole peut s’apprendre, comme toutes les langues, même si les cours sont rares faute de professeurs formés – il ne suffit pas de parler le créole pour l’enseigner – et par manque d’élèves Quand on n’est pas convaincu que le créole est une vraie langue, on se demande si cela vaut la peine de perdre du temps à apprendre un patois ! Ainsi certains martiniquais en font une langue en situation patoisante quand :
 Ils ont un peu honte de parler créole ;
 Ils préfèrent recourir systématiquement au français, n’aidant pas ainsi le créole à développer les formes nécessaires pour son usage dans toutes les situations de discours ;
 Ils ne veulent pas l’apprendre à leurs enfants ;
 Ils refusent de l’écrire en affirmant que l’on ne peut pas écrire le créole, et qu’il faut absolument lui conserver son caractère oral en l’enfermant dans des usages purement folkloriques.
On notera que la plupart des langues du monde ne sont pas (encore) écrites. Ce qui fait une langue, ce n’est pas d’être écrite, c’est de comporter des sons et des unités qui ont du sens. Ces dernières sont organisées selon des règles de grammaire spécifiques. Les linguistes s’attachent à décrire les règles qui font qu’intuitivement un locuteur ne se trompe pas (avant même d’avoir appris consciemment ces règles).
C’est parce qu’il y a une grammaire qu’en créole, on dit :
Lè i vini, moin té ka travay. (Quand il est venu je travaillais)
Et non pas : *vini ka lè i travay té moin
(par exemple, l’ordre de placement des mots pour faire une phrase relève de la grammaire).

Alors, peut-on, doit-on et comment écrire le créole ?
Peut-on ? Sans difficulté. Quand on commence à noter une langue nouvelle, on recourt généralement d’abord à une notation à base phonétique, c’est-à-dire que tout ce qui s’écrit se prononce, et tout ce qui se prononce s’écrit.
Doit-on ? Ce n’est certainement pas une « obligation », mais c’est très utile dans un monde où l’écrit non seulement est utilisé constamment (penser même aux communications par e-mail ou aux SMS qui tendent à supplanter partiellement le téléphone !) mais c’est en outre un critère de reconnaissance non négligeable pour une langue : on a tendance à considérer que les langues non écrites ne sont pas de « vraies langues » !
Pour les locuteurs, il faut aussi qu’ils admettent qu’on doit toujours apprendre à lire et à écrire une langue (même quand on la parle) ! Comment lire spontanément le créole alors que l’on met des mois, voire des années, à lire le français, l’anglais, l’allemand, l’espagnol ?
Comment sait-on qu’on prononce :
oiseau [wazo], froid [frwa], compte [kont], et couvent [kouvan] tantôt [kouv] sinon parce qu’on l’a appris !
Apprendre une langue écrite, cela veut dire apprendre la correspondance signe graphique / sons, ce qui veut dire du point de vue du lecteur : reconnaître les signes écrits pour une lecture rapide, comprendre ce qu’on lit et apprendre comment on prononce ce qui est écrit.
Ceci étant dit, il ne faut pas confondre graphie et orthographe. Il est facile de noter le créole, il est assez facile d’apprendre à le lire.
Pour dire que le créole a une orthographe, il faudrait se mettre d’accord pour élaborer une norme – ce qui aurait pour conséquence que l’on appelle « fautes » tout ce qui n’est pas conforme à l’orthographe fixée (par décret par exemple). On n’en est pas encore là !!!
S’il est important d’avoir des principes de notation du créole et de s’y conformer au maximum (pour la meilleure communication), il n’est sûrement pas urgent de fixer une orthographe plus définitivement.
Source : Marie-Christine Hazaël-Massieux ; Université de Provence ; http://creoles.free.fr/Cours
texte écrit par Roger EBION

[1] « Diglossia », in Word, vol. 15, 1959

 
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